Trois constats sur l'intelligence artificielle générative après deux ans de consulting

Image credit: @kyleanthony
Cela fait depuis 2023 que je me suis lancé en tant que consultant, développeur et formateur en intelligence artificielle générative. J'en tire ici quelques constats.
Premier constat : la majorité ne deviendra jamais des power-user
Au début, j'ai pensé que tous les utilisateurs·trices allaient devenir des power-user. Que la destinée de l'intelligence artificielle générative c'était que tout le monde apprenne à l'utiliser à bon escient. Je pensais que très vite les gens apprendraient à prompter, affiner les résultats, prompter en plusieurs étapes.
Les mois passaient et je voyais encore les mêmes posts sur Linkedin : "les 5 prompts qui vont changer votre vie". Pour moi c'était ridicule. Comment peut-il y avoir encore des clients pour ça ? Tout le monde est censé être capable d'utiliser ChatGPT de la bonne manière. En plus de ça, les modèles évoluaient. Gpt-4o était merveilleux. La nécessité de bien travailler son prompt s'amenuisait. Ces systèmes étaient capables d'inférer le contexte à partir duquel on leur parlait. Ainsi que ce qu'on cherchait à faire. Mais non. Force était de constater qu'après une année d'utilisation de ces outils d'IA générative, les gens en étaient presque tous au même stade : une utilisation sommaire.
Voilà le premier constat : la majorité ne deviendra jamais des power-user de systèmes d'IA générative. Elle se contentera du résultat de ces systèmes. Au même titre que la majorité n'est jamais devenue experte en informatique. Elle s'est simplement nourrie des résultats rendus possibles par l'informatique.
Deuxième constat : l'IA permet de retomber amoureux de son métier
J'ai commencé à prendre du recul. À me rendre compte que si, personnellement, j'avais une sensibilité accrue au medium du texte, ça n'était pas le cas de tout le monde. Depuis mon plus jeune âge je lis, j'écris. C'est ce que j'ai toujours fait. Les langages de programmation ne sont qu'une grammaire de plus que j'ai eu à apprendre. Mais lire et écrire, interpréter, comprendre, synthétiser de l'information, c'est ce dans quoi j'ai toujours excellé. Et voilà qu'une révolution m'amenait sur un plateau la technologie suprême : des systèmes automatiques de transformation de l'information.
J'ai donc continué à creuser. J'ai continué à chercher à appliquer l'IA générative à des problématiques métiers. J'ai trouvé des cas où elle s'appliquait très bien. Le légal, en premier. Un domaine entièrement traversé par le texte. Mais j'avançais dans ces domaines avec la même crainte sous-jacente, présente en permanence : un jour, les utilisateurs deviendront des power-user de ChatGPT et tout ce que l'on construit sera caduc. Mais une fois de plus l'échéance n'arrivait pas. Et nos concurrents, start-ups dans le domaine du droit, offraient de nouveaux dashboards, de nouvelles plateformes complexes avec des fonctionnalités multiples pour aider les avocats à gagner en efficacité.
Voilà que le deuxième constat m'est tombé dessus : ces systèmes d'IA génératives ne sont pas là pour faire gagner du temps. Gagner du temps c'est bien, tout le monde voudrait gagner du temps. Mais il y a mieux. On peut retomber amoureux de son métier. On peut retomber amoureux de ce qu'on fait. Et pour ça, il faut des outils qui nous permettent d'aller plus loin, de repousser les limites de nos capacités. De repousser les limites de nos compétences. Pas simplement de gagner du temps. Ma deuxième révélation était que nous faisions des outils qui utilisent l'IA pour permettre ça. Pour permettre à nos utilisateurs de retomber amoureux de leur métier. De réapprendre à aller plus loin.
Troisième constat : ce qu'on vend c'est de l'intelligence
Mais une fois de plus, l'amélioration des gros providers comme ChatGPT, et la soi-disant augmentation en capacités des utilisateurs·trices, allait nous manger des parts. De plus en plus de gens se rendraient compte qu'en utilisant bien les outils grands publics, ils pourraient observer les mêmes bénéfices. Alors qu'est-ce qu'on vend ? Qu'est-ce qu'on propose à nos clients comme plus-value ?
C'est là qu'est arrivé le troisième constat.
Ce qu'on vend c'est de l'intelligence. Nos clients nous paient pour obtenir le meilleur niveau d'intelligence sur leurs services, sur leur domaine, sur de la data privée, sur de la data publique. Ils veulent rester au top de leur game. Et pour cela, ils ont besoin du maximum d'intelligence qui existe dans le problème qu'ils cherchent à traiter. Bingo. C'est ici que tout s'est clarifié.
À ce moment là je cherchais à refaire le phrasé du site de notre produit, ogram.
Et j'ai compris.
Jusqu'ici, surfant sur la révolution actuelle, j'ai pensé que ce qu'on vendait c'était de l'intelligence artificielle.
Mais non. Ce qu'on vend c'est de l'intelligence.
L'IA générative c'est l'outil que nous utilisons, de notre côté, pour fournir cette intelligence d'un ordre nouveau.
L'IA n'est pas un produit en tant que tel. C'est un outil qui, s'il est utilisé correctement, permet à toute personne d'augmenter la qualité de ce qu'il ou elle produit.
Nous, ce que nous produisons pour nos clients, c'est de l'intelligence. L'IA nous aide à accomplir cela.
Elliot Vaucher
Fondateur de RITSL


